Impacts de la croissance des dépenses publiques sur les équilibres macro-économiques : cas de l’Algérie

Par LEKKAM Marzouk

Les politiques publiques jouent un rôle principal dans la détermination et l’orientation des performances d’un pays, ainsi que les priorités sur lesquelles il faut agir tout en mettant en place les fonds nécessaires pour leur mise en œuvre. Leur conception relève de la compétence des hautes instances gouvernementales en collaboration éventuelle avec des experts dans les différents domaines connexes aux Finances Publiques en particulier et aux Sciences Économiques en général.

À travers ces politiques, les États visent principalement la croissance économique et l’équilibre des fondamentaux macroéconomiques (taux de change, taux d’intérêt, taux d’inflation et balance des paiements), qui constituent des préoccupations majeures de tout État désireux de préserver sa souveraineté, de maintenir son poids économique vis-à-vis d’autres pays et de garder son rang dans les organisations transnationales.

La politique monétaire et la politique budgétaire constituent les deux instruments traditionnels les plus utilisés et les plus efficaces que les États mettent en place, chacun dans un contexte bien déterminé. D’autres instruments tels que la politique fiscale, la politique de change et la politique de revenus existent également et peuvent être mis en œuvre pour des objectifs similaires.

L’Algérie a adopté une politique expansionniste par les dépenses publiques afin de redresser sa situation économique en passant par une commande publique importante. Des objectifs ont été visés et des moyens financiers, matériels et humains ont été mis en place.

  1. Présentation de la situation économique de l’Algérie durant la période de l’étude

La période sur laquelle s’est basée la présente étude est celle allant de 2000 à 2015, durant laquelle la situation économique de l’Algérie a connu des changements des plus importants et ce depuis son indépendance.

Les cours du pétrole sur le marché international ont dépassé la moyenne annuelle de 112 USD. Les recettes publiques de l’Algérie ont augmenté durant cette période d’un taux de 415% pour atteindre le montant de 5 000 milliards DZD en 2015.

Les dépenses de leur côté ont été vues à la hausse, notamment les dépenses d’équipement qui ont augmenté d’un taux de plus de 1 000 % durant cette même période. Les dépenses de fonctionnement ont été également touchées par la hausse en raison des recrutements massifs ainsi que la revalorisation des salaires de la fonction publique effectuée entre 2007 et 2011.

Ainsi l’Algérie a pu tirer profit de la conjoncture qui a marqué le début du 21ème siècle par l’importante hausse des prix des hydrocarbures liquident et gazeux, pour se constituer d’importantes réserves de changes d’un niveau avoisinant les 200 milliards USD à côté d’un Fonds de Régulation des Recettes (FRR), un fonds souverain créé au début des années 2000 pour prendre en charge et compenser le déficit du Trésor Public.

Cette période a été tellement importante qu’elle a suscité une certaine curiosité afin de voir quel était l’impact de la croissance des dépenses publiques sur les équilibres des différents indicateurs macroéconomiques.

             2. Présentation des deux courants économiques

En économie, il existe deux écoles ayant traité de l’interventionnisme en vue d’une relance ou bien pour réaliser un équilibre économique dans un pays donné. Il s’agit du courant Classique et du courant Keynésien qui ont été abordés dans ce travail pour présenter leurs visions respectives de la relation de l’État et l’économie.

Les classiques sont hostiles à toute forme d’interventionnisme. Pour ce courant, le marché est autorégulateur et peut sortir des crises sans aucune intervention d’un autre acteur, notamment l’État. Ils prônent l’éloignement de l’État du fonctionnement du marché et de l’économie et contestent son immixtion dans celle-ci. Ce sont les grands fondateurs du courant classique, à savoir Adam Smith (1723-1790) et David Ricardo (1772-1823), qui ont fait que le marché devienne le fondement théorique du système économique capitaliste.

Ils limitent l’action de l’État aux seules fonctions régaliennes nécessaires pour le maintien de l’ordre public et dans la réalisation d’une société civile développée et équilibrée, à savoir : la fonction de défense ; la fonction de justice et la fonction d’émission de la monnaie.

La croissance économique pour les classiques est le résultat de l’accroissement de la production, conséquence d’un fort taux d’accumulation du capital. Le taux de profit joue un rôle central dans ce processus d’accumulation et de croissance économique.

Les keynésiens quant à eux, préconisent l’interventionnisme et critiquent fortement l’analyse classique en rejetant catégoriquement le principe du marché autorégulateur. L’intervention de l’État constitue pour ce courant un levier de stimulation de la croissance économique. Le cercle vertueux de Keynes explique bien ceci.

L’activité publique s’exerce lorsque l’intérêt collectif s’impose aux intérêts particuliers. Il n’y a donc pas de limite précise à l’action de l’État. La théorie keynésienne accorde à l’État une place importante dans l’économie. Elle considère que l’économie de marché est instable et inapte à assurer le plein emploi en permanence. C’est dans cette optique que ce courant préconise l’interventionnisme afin d’assurer une stabilité de croissance et dans le but de remédier aux différents problèmes qui pourraient survenir dans un système d’économie de marché.

John Maynard Keynes préconise l’intervention de l’État dans la régulation de l’économie, et ce par différentes façons, dont les dépenses publiques, afin de soutenir la croissance économique et de permettre un équilibre des différents indicateurs macroéconomiques. Pour cet auteur, en période de récession, seul l’État est en mesure de stimuler la demande lorsque celle-ci est insuffisante.

L’investissement ne peut reprendre que si les prévisions des entreprises quant à la demande sont positives.

Le cercle vertueux de J. M. Keynes, comme son nom l’indique, est un cercle qui retrace un processus formé d’un ensemble de phases, dont la première est celle de l’investissement public qui se traduit par une injection d’une dépense publique importante dans le marché pour la réalisation de grands projets. Il est à noter que cet investissement est financé par un déficit.

L’objectif recherché par cette action est l’amélioration de la situation économique du pays en créant de nouveaux postes d’emplois en vue d’absorber le chômage, et de relancer l’économie nationale en entrainant une nouvelle demande publique.

              2.Adoption de la logique de la croissance par les dépenses publiques

S’inspirant du modèle keynésien et disposant d’une manne financière importante, l’État algérien a mis en œuvre une politique budgétaire expansionniste par des investissements de grande envergure pour la réalisation d’infrastructures en vue de relancer l’économie en passant par une demande publique importante.

En effet, l’Algérie s’est engagé dans la réalisation de grands investissements à l’exemple des routes et des autoroutes, les chemins de fer et les chemins de fer urbains ; les logements promotionnels et sociaux, les barrages d’eaux ainsi que le financement de différentes politiques d’aides à l’insertion professionnelle des chômeurs, comme moyen d’accompagnement des réalisations physiques desdits investissement.

Cette politique a eu un impact considérable sur la situation économique du pays. Ainsi, il a été question dans ce travail d’observer le comportement de cinq (05) indicateurs macroéconomiques et ce durant une période de quinze (15) années, ce qui correspond à trois (03) programmes quinquennaux successifs du gouvernement, afin de voir l’impact de cette politique sur l’économie nationale. À ce titre, les données relatives au Produit Intérieur Brut, à l’Inflation, au Chômage, au Taux de Change et à la Balance des Paiement ont été recueillies auprès des organismes spécialisés pour être traitées et analysées en vue de dégager des conclusions quant à leur évolution.

           3. Résultats de la recherche

L’économie algérienne a affiché, durant le début des années 2000, une croissance économique soutenue par la hausse des cours des hydrocarbures sur le marché mondial. Ce résultat peut être qualifié de satisfaisant compte tenu du volume du PIB qui a été multiplié par quatre entre 2000 et 2015. Cette croissance est tirée principalement par une dépense publique importante.

Mis à part le taux de change qui n’a pas cessé d’évoluer en défaveur de la monnaie nationale, la même tendance a été observée sur la majorité des indicateurs macroéconomiques. En effet, le taux d’inflation a baissé considérablement pour atteindre en 2006 son niveau le plus bas de 1,8%. Les taux enregistrés durant cette période restent suffisamment bas par rapport aux années 1990, la période durant laquelle ce taux a dépassé les 30 % à plusieurs reprises.

Il de même pour la Balance des Paiements qui a affiché des soldes positifs grâce à une situation très appréciable de la Balance Commerciale où les exportations ont dépassé largement les importations des biens et services. Ces excédents ont permis à l’Algérie de se constituer une manne importante et de renforcer sa situation par l’augmentation des réserves de changes, ayant atteint un niveau record avoisinant les 200 milliards USD.

Le taux de chômage a considérablement baissé durant cette période passant de 29,9% en à 9,8 % en 2013. Cette baisse du taux du chômage est le résultat des actions entreprises par les pouvoirs publics et de la situation économique qui s’est améliorée durant cette période, après la fin de la décennie noire où l’insécurité et l’instabilité politique et juridique du pays empêchaient le développement et la croissance économique ce qui accroit le chômage pour défaut de création de nouveaux emplois, voire la suppression des emplois déjà existants.

Cependant, un inversement de la tendance a été noté à partir de 2010, période où les cours des hydrocarbures ont subi un choc et ont enregistré une baisse très importante affectant ainsi négativement les recettes de l’Algérie. La diminution des recettes de l’États oblige les autorités à réduire les dépenses publiques qui constituaient le moteur de la croissance économique.

Avec la chute brusque des prix des hydrocarbures, constituant la principale ressource de l’économie algérienne, les symptômes de la bonne santé économique de l’Algérie ont vite laissé place à d’autres qui nous laissent inquiets quant à l’avenir de ce pays si la tendance baissière des cours des hydrocarbures persiste pour s’approcher du coût de revient.

         Conclusion

Ce résultat montre l’échec de la politique budgétaire mise en œuvre par l’Algérie dans le but de redresser sa situation économique et de redynamiser son industrie. Les projets réalisés, censés rehausser le niveau de productivité des agents économiques n’ont pas eu les effets escomptés par les pouvoir publics en terme de croissance et de stabilité macroéconomie. La recherche des causes de cet échec appelle un autre travail de recherche plus poussé et plus consistant afin de dégager les contraintes ayant engendré la situation actuelle.

Il y a lieu de citer que cette politique a été lancé alors que le tissu industriel ne pouvait pas répondre à la demande supplémentaire engendrée par l’investissement public. De ce fait, cette demande a été orienté vers l’extérieur et les fonds ont été destinés malheureusement au financement d’une croissance économique des partenaires exportateurs.

Il est de même pour la main d’œuvre locale qui n’a pas bénéficié de cette expérience exceptionnelle pour capitaliser un certain savoir-faire qui lui était destiné.  En effet, on a pu voir durant cette période un afflux de plusieurs entreprises étrangères pour réaliser les différents projets, et ce en intégrant dans leurs équipes une part importante d’une main d’œuvre étrangère au détriment de la main d’œuvre locale. Le chômage a été gravement touché.

Il est à souligner également que durant cette période, des subventions importantes ont été octroyées par l’État afin de soutenir le pouvoir d’achat de la population qui ne cesse de baisser. Des subventions qui touchent un large éventail de produits. Il faut noter que cette politique de soutien des prix est incompatible avec la politique expansionniste du fait qu’elle fausse les règles de la concurrence ainsi que les prévisions du retour sur investissement à travers le multiplicateur budgétaire.

Contact : lekkam.marzouk@gmail.com

  • Doctorant en sciences économiques à l’université Mouloud MAMMERI de Tizi-Ouzou ;
  • Inspecteur des Finances à l’Inspection Générale des Finances, Ministère des Finances, Algérie ;
  • Enseignant associé à l’université Mouloud MAMMERI de Tizi-Ouzou ;

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