Comment le prix du bitcoin est fixé ?

Dans cet article nous allons présenter les deux raisons de la variation des cours du bitcoin notamment l’offre, la demande et la loi de Metcalfe.

La loi de Metcalfe (1990)
Cette analyse se fonde sur la loi de Metcalfe, énoncée par Robert Metcalfe22, qui établit que l’utilité d’un réseau est proportionnelle au carré du nombre de ses utilisateurs. Autrement dit, la valeur d’un réseau va augmenter de manière exponentielle à mesure que le nombre d’individus qui y ont recours augmente. On l’a vu pour le téléphone fixe ; au moment de son apparition, le fait d’en posséder un n’apportait qu’une faible utilité à cause du peu de personnes raccordées, mais cette technologie est vite devenue indispensable lorsqu’elle s’est généralisée.

Nous pouvons aussi l’appliquer à Facebook : lorsque le réseau social ne comptait que 1 million d’utilisateurs, en 2004, il était valorisé 5 millions de dollars. Il passe le milliard de dollars de valorisation en 2006 avec 12 millions d’utilisateurs. En 2010, avec 600 millions d’utilisateurs, sa valeur totale s’élevait à 56 milliards de dollars. Lors de son introduction en bourse en mai 2012, Facebook comptait 900 millions d’utilisateurs et était valorisé à plus de 100 milliards de dollars.

Fin 2017, Facebook compte 2 milliards d’utilisateurs pour une capitalisation qui s’élève à 520 milliards de dollars. Deux spécialistes ont appliqué la loi de Metcalfe au bitcoin, il s’agit de Tom Lee,
cofondateur de la société de conseil FundStrat et Tim Peterson, fondateur de la société de conseil Cane Island Alternative Advisors. Les deux montrent que les trajectoires de Facebook et celle du bitcoin suivent la loi de Metcalfe, et le premier prévoit un cours situé entre 20000 et 55000 dollars en 2022 tandis que le second prédit un cours à 48 000 dollars en 2022, des prévisions relativement proches.

Analyse des trois fonctions de la monnaie
Afin d’apporter un élément de réponse à la question de savoir si le bitcoin est une monnaie à proprement parler, il convient de l’analyser sous l’angle des trois fonctions fondamentales de la monnaie, à savoir : moyen d’échange, unité de mesure des prix et réserve de valeur. Par ailleurs, le seul respect de la première condition peut suffire à qualifier une monnaie comme telle.

1. Moyen d’échange
D’après Hayek (1976), le seul respect de cette fonction permet de discerner ce qui est une monnaie de ce qui n’en est pas. L’analyse que nous conduisons permettra dans un premier temps d’établir si le bitcoin respecte cette première condition. Actuellement, le bitcoin enregistre environ 280.00024 transactions par jour et est utilisé par dix millions de personnes. La crypto-monnaie est largement utilisée et acceptée pour les achats sur internet. Alors qu’il a longtemps été lié au marché parallèle et notamment le site illégal Silk Road, de nombreux sites de vente en ligne et « marketplace » parfaitement honnêtes et respectables ont rendu possibles le paiement via bitcoins, tels que WordPress, Steam, mais aussi des géants comme Bloomberg, Dell, Microsoft ou encore le japonais Rakuten. De plus, des magasins physiques commencent également à accepter les paiements en bitcoin. C’est le cas de certains restaurants de la chaîne Subway, après qu’un franchisé ait décidé unilatéralement d’accepter ce mode de paiement dans son magasin de Pennsylvanie. Les chèques-cadeaux de la chaîne de magasins Sears peuvent également être achetés avec des bitcoins et plusieurs coffee shop ont eux aussi franchi le pas, bien qu’il s’agisse la plupart du temps de propriétaires militants et motivés par la logique libertarienne du bitcoin.

Il existe par railleurs de nombreux guichets automatiques (ATM25) permettant d’acheter et de transférer des bitcoins. Les États du monde entier se penchent sur la question et démontrent une volonté de poser un cadre légal autour des monnaies virtuelles. Le Congrès américain y voit notamment une menace en raison du caractère anonyme des transactions mais également une menace pour la Fédération , dont la politique monétaire pourrait être biaisée par le bitcoin si celui-ci continuait à gagner en importance (Murphy, Murphy & Seitzinger, 2015).

En France et au Japon, la possibilité d’établir une fiscalité sur le bitcoin est étudiée, tandis qu’il a tout simplement été interdit en Chine . Si ces mouvements de la part des différents gouvernements semblent détourner le bitcoin de son objectif premier, à savoir de s’affranchir de l’État et d’une autorité centralisée (Wunsch, 2017), il pourrait s’agir d’un progrès important dans la respectabilité et la propagation du bitcoin. Si on peut y voir une volonté de brider cette technologie qui pourrait menacer les pouvoirs publics, il est également possible que cela aide le bitcoin à devenir une convention, à permettre de payer des taxes et impôts, etc. Il s’agit là d’éléments fondamentaux dans l’acceptation d’une monnaie.

Nous déduisons, il est toujours très subjectif de déterminer si oui ou non le bitcoin doit être considéré comme un intermédiaire des échanges. Le caractère finalement marginal en comparaison avec les transactions effectuées tous les jours en liquide, par virements bancaires ou cartes de débit et de crédit, pourrait tendre à considérer que nous sommes encore loin d’un moyen largement accepté.

Toutefois, la croissance de ces transactions et la respectabilité montante du bitcoin auprès du public et des entreprises, nous renvoient à la transition du marché des navigateurs web. De la même façon, Chrome a commencé par gagner les miettes laissées par Internet Explorer, avant de croître progressivement. De plus, avant d’être lourdement soutenu et financé par le géant américain Google, le logiciel n’était qu’un produit expérimental parmi de nombreux autres, initiés par un programmeur Danois. On peut dresser un parallèle avec l’arrivée progressive d’entreprises comme Microsoft, Bloomberg ou Rakuten dans le système Bitcoin.

La question ne peut donc être tranchée avec certitude, mais à partir du moment où des individus sont prêts à utiliser le bitcoin et à considérer qu’il a de la valeur, on peut parler de convention. Or, il s’agit d’un élément déterminant dans la considération d’une monnaie.

Unité de mesure des prix
Le bitcoin est indépendant de toute monnaie de base, qu’il s’agisse d’une monnaie centrale ou d’une matière première telle que l’or. Sa valeur est déterminée selon les variations de l’offre et de la demande en bitcoin, et est exprimée en dollars américains, qui est la devise la plus puissante en tant qu’étalon. Ainsi, comme nous l’avons dit précédemment, l’or est aussi exprimé en dollars sur les marchés financiers, bien que la convertibilité entre les deux ait disparu depuis plus de 45 ans. De plus, sur les sites de vente où il est possible de payer en bitcoins, le prix est exprimé dans cette unité, au même titre qu’il peut l’être en USD, EUR etc. Cependant, il s’agit plus d’une conversion du prix d’une devise « classique » en bitcoin, plutôt qu’une réelle fixation du prix directement en bitcoin. À ce titre, l’unité bitcoin n’est pas prioritaire et n’est jamais que le résultat d’un calcul basé sur l’évolution de la valeur de bitcoin par rapport au dollar.

Plusieurs éléments pourraient expliquer cela. D’abord, le fait que le bitcoin reste relativement marginal en comparaison aux devises telles que le dollar ou l’euro. L’évolution positive du bitcoin pourrait un jour conduire à ce que des vendeurs pensent et affichent leurs prix en bitcoins, mais il s’agit d’un processus très long, intimement lié au concept de convention dont nous avons parlé. Outre la nécessité que le bitcoin devienne lui-même une convention unanimement reconnue, un certain temps est nécessaire pour que les autres devises lui abandonnent du terrain. Ainsi, la Livre Sterling est longtemps restée la devise la plus échangée dans le monde, bien après que la Grande-Bretagne ait perdu son statut de première puissance économique.

Aujourd’hui encore, la Livre jouit d’un statut au niveau des échanges internationaux qui n’est pas justifié par la seule situation économique britannique. Un second élément qui pourrait expliquer le statut secondaire de la « devise » bitcoin est son importante volatilité. Cela nous amène à analyser la troisième et dernière fonction de la monnaie.

Réserve de valeur
Une monnaie a pour but de garantir un pouvoir d’achat constant et de permettre de reporter la dépense dans le temps, sans subir de perte de valeur. C’est la dimension de réserve de valeur. Dans les faits, il est opportun de mener une politique monétaire qui contienne l’inflation et permette de la sorte une bonne préservation du pouvoir d’achat dans le temps.
Cependant, il s’agit certainement du plus grand défaut du bitcoin. En effet, la cryptomonnaie est principalement connue pour son caractère spéculatif et sa grande volatilité.

À première vue, il est flagrant que le bitcoin ne respecte pas vraiment les critères de stabilité qui ont été énoncés. En effet, on observe une courbe générale haussière exponentielle, avec de nombreux chocs et variations soudaines.
Toutefois, on remarque également que la tendance générale est à l’appréciation du bitcoin. Un élément qui n’est pas forcément pertinent dans le cadre d’une recherche de stabilité, mais qui cadre assez bien avec la dimension d’épargne de la monnaie.
La hausse significative du bitcoin, ces dernières années, rend délicate une analyse qui s’inscrit dans un travail de long terme, et qui risque de ne plus être tout à fait d’actualité dans quelques mois seulement. Cela dit, cette simple constatation permet d’affirmer que le bitcoin est encore loin d’avoir gagné sa stabilité.

Contribution de la part de Tahraoui Mokhtar, étudiant en ENSEA.
Contact : tahraoui.mokhtar.enssea@gmail.com

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